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Les sélectionneurs de fonds accordent rarement une seconde chance : voici comment préparer la première

Consultants, plateformes et sélectionneurs de modèles de portefeuilles contrôlent l'accès à des dizaines de milliards d'euros d'actifs sous gestion. Ce guide pratique explique comment construire une présence crédible auprès de ces intermédiaires avant même qu'ils ne demandent un RFP.

La réalité de la distribution en gestion d'actifs est que trois types d'intermédiaires décident, souvent sans que vous le sachiez, si votre fonds entre dans leur univers de sélection : les consultants en investissement (Mercer, Willis Towers Watson, Aon), les plateformes de distribution (Allfunds, Clearstream, Fundsquare) et les équipes de construction de modèles de portefeuilles au sein des réseaux bancaires ou des groupes de gestion de patrimoine. Ces acteurs ne cherchent pas le meilleur fonds sur le marché. Ils cherchent le fonds qui justifie le moins leur mise en cause professionnelle si les résultats déçoivent.

Ce filtre de réputation s'est durci depuis 2024. MiFID II a alourdi les obligations de documentation ex ante et ex post pour chaque instrument inscrit sur une plateforme. Les équipes de due diligence disposent d'outils de comparaison plus fins. Et les réductions de listes, les "preferred lists" et "buy lists", se sont accélérées dans les grands réseaux européens. Si votre stratégie marketing ignore ce stade de la chaîne de valeur, vous financez des efforts de distribution qui s'arrêtent à la porte.

Séquencer l'approche des gatekeepers plutôt que les solliciter en masse

La première erreur des équipes de distribution est de traiter les gatekeepers comme un canal homogène. Un consultant Mercer qui couvre les fonds de pension publics britanniques a des critères, un calendrier et un vocabulaire différents d'un sélectionneur chez UBS Wealth Management qui construit des modèles de portefeuilles pour des clients UHNW en Suisse. Avant tout contact, cartographiez les trois univers séparément.

Pour les consultants, la priorité est l'inscription dans leurs bases de données propriétaires (Mercer Insight, WTW Manager Research). Sans elle, vous n'existez pas dans leurs processus de shortlist. La démarche est administrative mais non triviale : il faut un track record audité sur au moins trois ans, une équipe de gestion stable et une stratégie documentée dans le format qu'ils imposent. Prévoyez six à douze mois entre le premier contact et une note de recherche formelle.

Pour les plateformes, la question n'est pas uniquement commerciale. L'accès à Allfunds ou Clearstream impose une conformité documentaire stricte : prospectus UCITS à jour, KID dans toutes les langues requises, procédures AML et KYC transmises à la plateforme, et reporting régulier dans les formats DATEX ou EMT selon les cas. Le responsable marketing doit travailler en binôme avec le responsable conformité dès la phase d'onboarding, non pas après. C'est là quela chaîne de valeur entre gestionnaire, distributeur et client détermine concrètement qui paie quoi et qui porte quelle responsabilité réglementaire.

Pour les sélectionneurs de modèles de portefeuilles, l'angle est différent. Ces équipes construisent des allocations qui doivent être défendues en interne et auprès du régulateur. Elles ont besoin de matériaux de conviction, non de brochures commerciales : attribution de performance par facteur, comportement du fonds en période de stress (mars 2020, quatrième trimestre 2022), corrélations avec les autres positions de leur modèle. Préparez ces analyses avant qu'on vous les demande.

Comment savoir si votre stratégie est visible auprès des bons décideurs ?

La réponse courte : si vous ne savez pas qui, dans chaque organisation cible, pilote la liste de sélection, vous n'êtes probablement pas visible. Les équipes de recherche des grandes plateformes et des consultants publient rarement leur organigramme décisionnel. La cartographie se construit par recoupement : conférences sectorielles (Morningstar Investment Conference, FundForum), données LinkedIn, et contacts entrants générés par vos publications de recherche. Un commentaire de marché bien positionné dans Investment Week ou Fundspeople génère plus de contacts entrants qualifiés qu'un emailing de masse.

La fréquence de contact doit suivre le cycle de révision du gatekeeper, non le vôtre. Les consultants revoient typiquement leurs notes tous les douze à dix-huit mois. Les plateformes réexaminent leurs listes actives une à deux fois par an. Envoyer un deck tous les trimestres sans demande préalable nuit à la relation. En revanche, un update factuel et bref au moment d'un changement significatif (modification de l'équipe de gestion, franchissement d'un seuil d'actifs, changement de benchmark) a de la valeur parce qu'il anticipe les questions de due diligence.

Trois erreurs qui ferment les portes durablement dans ce secteur

Présenter une performance sans contexte de risque. Un sélectionneur qui voit un Sharpe ratio de 1,4 sur trois ans voudra immédiatement savoir comment ce ratio a été obtenu, quelle est la concentration des positions et si le gestionnaire peut reproduire la stratégie à une taille d'actifs dix fois supérieure. Si votre deck ne répond pas à ces questions avant qu'elles soient posées, vous projetez de l'improvisation.

Changer le discours selon l'interlocuteur. Les équipes de due diligence comparent les notes d'entretien entre collègues et avec les documents publics. Si votre argumentaire devant un consultant diffère de ce que vous avez déclaré dans le questionnaire RFP d'une plateforme, la contradiction ressort. La cohérence du positionnement sur l'ensemble des points de contact,que ce soit la performance ou la confiance qui prime in fine, est ce qui construit la crédibilité dans la durée.

Négliger la phase post-inscription. Entrer sur une liste de sélection ne génère pas automatiquement des flux. Les fonds qui restent en bas des listes actives finissent par être retirés lors des révisions. Il faut maintenir un rythme de reporting, participer aux due diligence calls annuels et alerter proactivement en cas d'événement matériel. Les gestionnaires qui disparaissent du radar entre deux cycles de révision sont les premiers supprimés.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

  • Vérifiez si votre fonds est bien inscrit dans Mercer Insight et la base de données WTW, et identifiez les champs incomplets ou obsolètes.
  • Listez les trois sélectionneurs de modèles de portefeuilles les plus pertinents pour votre stratégie et trouvez le nom précis du responsable de la due diligence dans chaque organisation.
  • Préparez un "stress test brief" d'une page montrant le comportement de votre fonds lors des deux dernières crises de marché, prêt à être envoyé à la demande.
  • Auditez la cohérence de vos documents réglementaires (KID, prospectus, procédures AML) sur toutes les plateformes où vous êtes distribués.
  • Fixez un calendrier de contact aligné sur les cycles de révision de chacun de vos gatekeepers cibles, non sur votre calendrier commercial interne.

Les gatekeepers ne changent pas de fournisseurs facilement. Une fois qu'un fonds est en liste, les frictions de sortie sont élevées, ce qui explique pourquoi les entrées sont si exigeantes. L'investissement marketing dans cette relation se rentabilise sur trois à cinq ans, ce qui suppose de ne pas optimiser pour la visibilité à court terme au détriment de la crédibilité de long terme. La qualité du dossier de due diligence que vous déposez aujourd'hui détermine les flux que vous percevrez dans dix-huit mois.

Le parcours complet sur ce secteur :Marketing dans Asset & Wealth Management.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour être référencé par un consultant comme Mercer ou Willis Towers Watson ?

Le délai entre le premier contact et une note de recherche formelle est généralement de six à douze mois pour les consultants de premier rang. Ce calendrier suppose un track record audité d'au moins trois ans, une équipe stable et un dossier d'inscription complet dans leurs bases propriétaires comme Mercer Insight ou WTW Manager Research.

Quelle différence entre être sur une plateforme comme Allfunds et être sur une "buy list" d'un réseau de distribution ?

L'inscription sur une plateforme comme Allfunds donne accès technique à un réseau de distributeurs, mais ne garantit pas que votre fonds sera activement recommandé. Une "buy list" ou "preferred list" dans un réseau bancaire ou de gestion de patrimoine implique une décision supplémentaire de sélection par une équipe dédiée, qui impose ses propres critères de due diligence et peut retirer le fonds lors de révisions périodiques.

Les sélectionneurs de modèles de portefeuilles accordent-ils plus de poids à la performance ou à d'autres critères ?

Les équipes de construction de modèles de portefeuilles regardent la performance dans son contexte de risque : Sharpe ratio, comportement en période de stress, corrélation avec les autres positions du modèle. Une performance élevée obtenue avec une concentration excessive ou une stratégie peu reproductible à grande échelle sera considérée comme un risque, non un atout.

Faut-il un KID dans toutes les langues européennes pour accéder aux grandes plateformes ?

Oui, pour une distribution réellement paneuropéenne en format UCITS, les plateformes comme Allfunds ou Clearstream exigent un document d'informations clés dans la langue de chaque pays de commercialisation cible. Un KID manquant ou obsolète bloque l'accès à la distribution dans le pays concerné et peut entraîner le retrait du fonds lors des audits de conformité de la plateforme.

Pour aller plus loin

Les leçons qui prolongent cet article, en accès libre.

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