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On vend ses tours pour se désendetter, MTN paie 6,2 milliards de dollars pour racheter les siennes

En 2026, Bell et VodafoneZiggo vendent leurs tours pendant que MTN rachète IHS Towers pour retrouver le contrôle de son réseau. Ce playbook donne au CFO télécom une règle de décision, un calcul du coût réel d'une cession-bail et les clauses de MSA à verrouiller avant de signer.

En février 2026, MTN a fait l'inverse de ce que le secteur pratique depuis vingt ans. Le 17 février, MTN et IHS Towers ont annoncé un accord par lequel MTN rachète les actions IHS qu'il ne détient pas encore à 8,50 dollars par titre, pour une valeur d'entreprise d'environ 6,2 milliards de dollars. L'histoire a de quoi faire réfléchir : fondé au Nigeria en 2001, IHS est devenu l'un des plus grands opérateurs de tours au monde en achetant des pylônes construits et exploités jusque-là par MTN Nigeria et d'autres opérateurs nigérians. Les raisons avancées sont très concrètes. D'après un gérant cité par BusinessDay, les loyers des tours ont explosé il y a quelques années, surtout au Nigeria, après la dévaluation brutale de la monnaie. Au même moment, d'autres continuent de vendre. BCE cède 49,9 % de sa société de tours à La Caisse pour environ 2,45 milliards de dollars canadiens et garde le contrôle majoritaire de plus de 5 000 sites. La Commission européenne a autorisé la vente des tours passives de VodafoneZiggo à DigitalBridge, TD Greystone Infrastructure et L&G, une opération de 669 millions d'euros.

Ces deux mouvements contraires ne se contredisent pas. Une vente de tours est un financement adossé à un contrat d'exploitation de quinze à trente ans. Le CFO qui la présente comme une cession d'actif encaisse un multiple, puis découvre qu'il porte une dette indexée dont il ne maîtrise plus les termes. Pour ce playbook, la thèse est donc simple :vendez l'acier, gardez les droits. Ce qui vide un opérateur de sa substance se joue dans le master service agreement (MSA), bien plus que dans la vente.

Six étapes pour monétiser ses tours sans perdre le contrôle du réseau

1. Fixer l'usage du produit avant de mandater une banque

Une cession de tours n'a de sens que si le produit finance quelque chose qui rapporte plus que le loyer que vous paierez. VodafoneZiggo donne un exemple propre : le produit servira à réduire la dette avant la cotation de Ziggo Group à Amsterdam, prévue mi-2027 par voie de spin-off. La vente des tours fait partie d'un programme ciblé de 1,2 à 1,4 milliard d'euros de cessions d'actifs non stratégiques. Le contre-exemple, c'est la vente décidée pour boucher un trou de dividende, sans plan d'allocation. Notez le contexte de Bell : ses actionnaires ont senti la pression dès mai 2025, quand le groupe a réduit son dividende annuel de plus de moitié.

2. Choisir le degré de contrôle, pas seulement le prix

Le marché propose trois formules. La cession totale, comme l'a fait Telefónica en 2021, quand le groupe a vendu à American Tower les divisions de tours européennes et latino-américaines de Telxius, soit environ 31 000 sites, pour 9,6 milliards de dollars. La participation minoritaire, que les Canadiens ont standardisée : Bell précise qu'il conserve la pleine propriété de son spectre, de ses équipements actifs et des terrains qu'il possède. Enfin, la détention à 100 %, choisie par Orange. Orange garde le contrôle de ses tours via sa filiale à 100 % Totem, qui exploite 27 000 sites en France et en Espagne et vend des services d'hébergement neutre aux opérateurs mobiles comme à d'autres industriels. Le critère est le suivant : plus votre plan de densification 5G est lourd et plus le potentiel de colocation par des tiers est faible, plus vous avez intérêt à garder la main.

3. Négocier le MSA comme une émission obligataire

Le MSA décide de l'essentiel de la valeur, et ses clauses fonctionnent comme les covenants d'une obligation. L'indexation d'abord. Selon le discours de son directeur général à l'assemblée 2026 (Cellnex loue ces sites aux opérateurs et parle donc en partie intéressée), l'activité tours a généré 3,225 milliards d'euros de revenus, avec une croissance organique de 5,5 % tirée par les clauses d'indexation contractuelles, les ajustements liés à l'inflation, la colocation et les déploiements build-to-suit. Chaque point de cette croissance sort de la poche d'un locataire. Pour comparaison, un investisseur acheteur de Cellnex souligne que les principaux contrats d'ancrage de Vantage sont plus courts et plafonnent l'indexation annuelle à 2 %. Viennent ensuite la devise, l'énergie et les engagements de construction de nouveaux sites (BTS). MTN justifie en partie le rachat par l'énergie : au Nigeria, les tours tournent avec des groupes électrogènes diesel coûteux, et en être propriétaire laisse MTN déployer ses propres solutions solaires pour réduire les coûts d'exploitation.

4. Garder un levier de sortie crédible

Vous n'avez de pouvoir de négociation qu'à l'échéance, et seulement si une alternative existe. Zegona l'a montré en Espagne : il a demandé à Vantage de baisser ses prix, puis, faute de résultat, a décidé de transférer l'activité vers Cellnex et American Tower à l'expiration du contrat en 2028. Cellnex, de son côté, a obtenu le renouvellement pour 10 ans du contrat-cadre de Vodafone Spain, couvrant environ 2 000 points de présence, à conditions techniques et financières inchangées. Zegona a lancé ses démarches deux ans avant l'échéance. Toute préparation plus tardive vous laisse face à un seul fournisseur.

5. Partager le réseau avant de vendre les tours

Le partage capte en interne une partie des économies que vous céderiez sinon au towerco. Selon la recommandation UIT-T D.264, le partage d'infrastructures passives peut réduire les dépenses d'investissement et d'exploitation jusqu'à 30 %. En Italie, TIM et Fastweb+Vodafone se sont partagé la géographie : chaque opérateur prend en charge le développement du réseau dans 10 régions, pour atteindre environ 15 500 sites par opérateur fin 2028. L'accord vise les communes italiennes de moins de 35 000 habitants. En Nouvelle-Zélande, le modèle va plus loin : One NZ et 2degrees apporteraient leurs actifs RAN à une entité commune qui posséderait et exploiterait l'infrastructure partagée, et revendrait les services à chacun via des contrats de gros séparés. Si vous partagez d'abord et vendez ensuite, vous cédez un actif avec un taux de colocation plus élevé, donc un multiple plus élevé. Pour la mécanique détaillée de ces modèles, voir notre module surl'économie du partage d'infrastructures.

6. Intégrer le régulateur dans le calendrier

Le régulateur peut redessiner votre opération. Au Nigeria, l'autorisation du rachat d'IHS impose à MTN de céder 30 % d'IHS Nigeria à des investisseurs locaux, ce qui limite son contrôle sur l'infrastructure même après la clôture. La raison : IHS Nigeria exploite près de 16 000 tours utilisées par MTN Nigeria et par des concurrents comme Airtel et T2 Mobile. Ailleurs en Afrique, les autorités examinent si l'infrastructure partagée doit fonctionner avec des tarifs de gros publiés et orientés vers les coûts, une gestion indépendante de l'accès et l'obligation légale d'offrir la capacité inutilisée aux opérateurs licenciés à conditions égales. Le prix de sortie dépend donc aussi du régime d'accès qui s'appliquera à vos sites partagés.

Combien coûte vraiment une cession-bail de tours ?

En première approximation, le coût réel d'une cession-bail est égal au rendement locatif de la première année (loyer annuel divisé par le produit de cession) plus le taux d'indexation annuel. C'est ce chiffre qu'il faut comparer à votre coût marginal de la dette, et non le multiple obtenu.

La règle à écrire au tableau, que nous appelons la règle « un taux, trois droits » :

> Coût implicite = loyer an 1 ÷ produit + indexation. Vendre seulement si ce coût est inférieur au coût de la dette marginale, et si trois droits restent chez l'opérateur : choisir et densifier ses sites, sortir par lots, renégocier en cas de fusion.

Un exemple chiffré, tiré d'une opération de 2024. D'après l'analyse d'un investisseur indépendant publiée sur Substack, Millicom a vendu ses tours pour 975 millions de dollars, avec un impact estimé à 40 millions de dollars par an sur son free cash flow. Millicom a signé des baux de 15 ans pour ces sites, libellés en dollars, et porte donc le risque de change. Côté acheteur, SBA a affiché un multiple de 11 fois le cash flow des tours, soit environ 11,5 fois l'EBITDA.

Le calcul : 40 ÷ 975 donne un coût cash initial d'environ 4,1 %. L'indexation n'a pas été publiée. À titre purement hypothétique, avec 2 % par an le coût implicite monte vers 6,1 %, avec 3 % vers 7,1 %. Si les revenus sont en monnaie locale et le loyer en dollars, il faut encore ajouter un écart de change. Le cas nigérian montre que cet écart n'a rien de théorique.

Attention au piège comptable. Sous IFRS 16,le loyer sort de l'EBITDA et réapparaît en amortissement et en charges d'intérêts : l'EBITDA publié progresse alors que la trésorerie ne bouge pas. Pilotez sur l'EBITDAaL et sur le levier ajusté des loyers. C'est la convention que suivent déjà les towercos : fin septembre, la dette nette de la filiale tours d'América Móvil représentait 5,15 fois l'EBITDA après loyers des douze derniers mois.

Les pièges qui transforment une vente de tours en rente pour le towerco

Hypothéquer sa propre consolidation. Certains MSA interdisent les sorties sélectives. Selon un investisseur positionné sur Cellnex, un opérateur issu d'une fusion ne peut pas sortir d'une partie seulement des tours d'un contrat Cellnex : il garde tout le portefeuille contracté ou le quitte en une seule fois. En clair, vous financez aujourd'hui avec les synergies de la fusion que vous ferez demain. Le churn de 1,2 % enregistré par Cellnex en 2025 s'explique par les grandes consolidations en Espagne et au Royaume-Uni. Les opérateurs fusionnés ont démantelé moins de sites qu'ils l'auraient voulu.

Rédiger une clause de sortie floue. En Malaisie, TM a signé le 25 février 2026 un contrat de gros de trois ans avec U Mobile pour utiliser le deuxième réseau 5G du pays, en invoquant son droit contractuel de quitter l'accord DNB. DNB a rejeté la résiliation le 3 mars, estimant que TM ne remplissait pas les conditions de sortie anticipée, et soutient que l'accord reste valable jusqu'en octobre 2032. Une condition de sortie qui renvoie à une notion ambiguë finit en contentieux.

Céder la marge de colocation. Après la vente, chaque nouveau locataire profite au towerco. Le marché l'a vu en octobre : le rachat de fréquences 800 MHz par SpaceX pour 8 milliards de dollars a fait bondir les actions de Crown Castle, American Tower et SBA, alors que ce futur locataire n'a encore signé aucun bail. Prévoyez un partage des revenus de colocation, ou gardez une participation, comme Bell.

Accepter une indexation non plafonnée en devise forte. C'est exactement le mécanisme qui a conduit MTN à racheter. Même après le rachat, le risque reste en partie : une fois IHS consolidé, les loyers intragroupe disparaissent des comptes, mais l'exposition économique demeure via la dette en devises, les équipements importés, le diesel et l'énergie.

Ce qu'il faut faire lundi

  • Faire extraire de chaque MSA en vigueur l'indexation, son plafond, la devise, la date de renouvellement et l'existence d'une clause tout-ou-rien, dans un seul tableau.
  • Calculer le coût implicite de chaque contrat (loyer an 1 ÷ valeur de cession + indexation) et le placer à côté du coût de votre dernière émission obligataire.
  • Demander au directeur réseau le nombre de sites prévus sur cinq ans pour la densification 5G : c'est le volume BTS que vous confieriez à un acheteur.
  • Repérer, pour chaque contrat qui arrive à échéance dans les trois ans, les sites couverts par un towerco concurrent ou par un opérateur avec qui partager.
  • Ouvrir une discussion exploratoire de RAN sharing sur les zones peu denses avec un concurrent, avant tout processus de vente de tours.

MTN a mis une décennie de location à découvrir que des loyers indexés en dollars pouvaient coûter plus cher que la dette remboursée grâce à la vente. Dans votre data room, commencez par l'indexation et la clause de sortie de l'année douze. Le multiple viendra ensuite.

Le parcours complet sur ce secteur :Finance dans Télécoms.

Questions fréquentes

Pourquoi MTN rachète-t-il IHS Towers après lui avoir vendu ses tours ?

MTN rachète IHS Towers pour reprendre le contrôle de ses coûts de réseau et de ses déploiements. Au Nigeria, les loyers de tours liés au dollar ont explosé après la dévaluation du naira. Posséder les sites permet aussi de remplacer le diesel par le solaire et de densifier pour la 5G sans renégocier chaque emplacement.

Comment calculer le coût réel d'une cession-bail de tours télécoms ?

Le coût réel d'une cession-bail de tours se calcule en additionnant le rendement locatif de la première année (loyer annuel divisé par le produit de cession) et le taux d'indexation annuel. Dans l'opération Millicom de 2024, 40 millions de dollars de loyer pour 975 millions de produit donnent environ 4,1 %, avant indexation et risque de change.

Qu'est-ce qu'une clause tout-ou-rien dans un contrat de tours ?

Une clause tout-ou-rien oblige l'opérateur locataire à conserver la totalité des sites d'un contrat ou à tous les quitter en une seule fois. Après une fusion, l'opérateur ne peut donc pas supprimer les sites en doublon un par un, ce qui réduit les synergies de réseau qu'il attendait de la consolidation.

Le partage de réseau est-il une alternative à la vente de tours ?

Le partage de réseau peut précéder la vente de tours ou la remplacer, parce qu'il garde les économies chez l'opérateur. Selon la recommandation UIT-T D.264, le partage passif réduit capex et opex jusqu'à 30 %. TIM et Fastweb+Vodafone se répartissent par exemple dix régions chacun pour la 5G dans les petites communes italiennes.

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