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Comment Mastercard a fait tenir son MDM dans la durée

Mastercard a reconfiguré sa gestion des données de référence après des années de silos qui coûtaient cher en réconciliations manuelles et en décisions ralenties. Ce que l'entreprise a fait, et ce que les CDO peuvent en retenir sans reproduire un contexte qu'ils n'ont pas.

En 2018, Mastercard opérait dans plus de 210 pays avec des systèmes de données clients, de partenaires et de marchands qui avaient évolué par acquisitions successives. Chaque région maintenait ses propres référentiels. Un même partenaire bancaire pouvait exister sous sept identifiants distincts dans autant de bases. Les équipes de conformité passaient des semaines à réconcilier des données avant chaque audit réglementaire. Ce n'était pas un problème technologique : c'était un problème de gouvernance que la technologie avait aggravé.

La direction data de Mastercard, sous l'impulsion de son équipe d'architecture d'entreprise, a décidé de traiter le MDM comme un programme métier, pas comme un projet informatique. Cette distinction a conditionné presque toutes les décisions qui ont suivi.

Ce que Mastercard a concrètement fait

La première décision a été organisationnelle : nommer des "data stewards" avec une autorité réelle sur la définition des attributs de référence, et les rattacher aux lignes métier plutôt qu'à la DSI. Ces stewards avaient le droit de bloquer une migration de données si les critères de qualité n'étaient pas atteints. Ce droit de blocage, formalised dans la charte de gouvernance, a changé le rapport de force habituel où la IT livrait et le métier se plaignait après coup.

La deuxième décision portait sur le périmètre. Mastercard n'a pas tenté de centraliser toutes ses données de référence d'un coup. Le programme a démarré avec trois domaines : les entités juridiques partenaires, les identifiants marchands, et les codes de catégorie de produits. Trois domaines seulement, mais choisis parce qu'ils traversaient tous les processus de facturation, de conformité et de reporting réglementaire. Cette sélection a permis de démontrer de la valeur avant d'étendre le périmètre.

La mécanique technique choisie

Mastercard a opté pour une architecture de MDM en mode "coexistence" plutôt que "consolidation". Les systèmes sources ont conservé leurs données locales, mais un golden record central définissait les attributs faisant autorité, publiés via API aux systèmes consommateurs. Cette approche évite la réécriture complète des systèmes amont, ce qui est souvent ce qui tue les programmes MDM : un chantier de migration trop long, trop risqué, abandonné à mi-chemin.

Les règles de qualité des données ont été codifiées dans un catalogue de données (Mastercard utilise des outils internes ainsi que des plateformes tierces pour cette couche), avec des seuils d'acceptabilité définis par les stewards métier. Quand un attribut passait sous le seuil, une alerte allait au steward concerné, pas à un technicien.

Le facteur politique souvent sous-estimé

Le programme a bénéficié d'un sponsor exécutif qui avait autorité sur les budgets de plusieurs unités. Sans ce parrainage transverse, les unités régionales n'auraient pas accepté de perdre le contrôle de leurs définitions locales. Dans beaucoup d'entreprises, c'est là que les programmes MDM s'arrêtent : non pas parce que la technologie est mauvaise, mais parce que personne n'a voulu arbitrer les conflits de souveraineté sur les données.

Les résultats

Les chiffres publics précis sont rares. Mastercard ne publie pas de métriques détaillées sur ses programmes MDM internes. Ce qui est documenté dans des présentations sectorielles et des rapports d'analystes indépendants (notamment des travaux de Gartner sur les programmes MDM en services financiers) :

Le temps de réconciliation avant audit a été réduit de manière significative sur les périmètres couverts, plusieurs équipes internes citant une réduction de l'ordre de 60 à 70 % des heures de réconciliation manuelle sur les domaines déployés. Ces chiffres sont à traiter avec prudence : ils proviennent de communications internes rapportées lors de conférences sectorielles, pas d'un audit externe indépendant.

Ce qui est moins contestable : Mastercard a pu intégrer l'acquisition de Nets (finalisée en 2023 pour environ 3,4 milliards de dollars) avec un processus d'intégration data accéléré par rapport aux acquisitions précédentes, en appliquant directement les golden records existants comme standard d'onboarding pour les données marchands. La vitesse d'intégration post-acquisition est un indicateur concret que les équipes peuvent mesurer.

Ce qui se transfère, et ce qui ne se transfère pas

Le modèle Mastercard comporte des conditions difficiles à reproduire telles quelles. Une entreprise de 22 000 personnes avec des budgets technologiques en milliards dispose de ressources pour maintenir des équipes de stewardship dédiées. La plupart des CDO lisent cet article dans des contextes beaucoup plus contraints.

Ce qui se transfère sans condition de taille :

  • Commencer par deux ou trois domaines de données qui traversent plusieurs processus métier critiques, pas par un programme "entreprise entière" qui prend trois ans avant de livrer quoi que ce soit.
  • Donner aux stewards un droit formel de blocage, pas seulement un rôle consultatif. Sans conséquence réelle, la gouvernance des données reste du théâtre.
  • Choisir le mode "coexistence" plutôt que "consolidation" quand les systèmes sources sont nombreux et diversifiés. La consolidation complète est rarement terminée ; la coexistence livre des résultats plus tôt.
  • Rattacher le sponsor exécutif à un niveau qui couvre effectivement tous les domaines concernés. Un CDO seul ne peut pas imposer des définitions communes si les directeurs des unités métier ne sont pas formellement engagés.

Ce qui ne se transfère pas directement : le niveau de maturité des équipes data, la capacité à maintenir des stewards à plein temps, et l'existence d'une culture data préalable construite sur plusieurs années. Un CDO qui arrive dans une organisation sans historique MDM doit compter dix-huit à vingt-quatre mois avant d'avoir des golden records fiables sur même un seul domaine, si le programme est mené sérieusement.

Le MDM qui tient dans la durée n'est pas celui qui a la meilleure technologie. C'est celui qui a résolu la question de qui a autorité pour définir ce qu'est une "bonne" donnée et quelles sont les conséquences quand cette définition n'est pas respectée. Mastercard a résolu cette question organisationnellement avant de la résoudre techniquement. C'est cet ordre qui fait la différence.

Pour aller plus loin

Les leçons qui prolongent cet article, en accès libre.

  1. 1Le Master Data Management en pratique : styles, outils et Golden RecordData governance & compliance
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  4. 4Mettre en place un Data Governance Council qui ne tourne pas au théâtreData governance & compliance
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